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" Quand la terreur se répand comme un virus c'est à nous tous d'empêcher le chaos " 

 

Article de Brian McNair, traduit par François-Xavier Chalot. Sous toutes réserves.

 

Brian McNair is the author of "Cultural Chaos." The views expressed in this commentary are solely those of the writer. CNN is showcasing the work of The Conversation to provide news analysis and commentary. The content is produced solely by The Conversation.

 

Titre original : - When terror goes viral it's up to us to prevent chaos

 

Lien vers l'article original en anglais

 
 
 

Avant propos : Les opinions de l'auteur n'engagent que lui. Infostats diffuse cet article pour contribuer au débat et éclairer les lecteurs par un rappel de certains faits marquants et du rôle des réseaux sociaux. J'ai ajouté quelques nuances, précisions ou oublis entre parenthèses ou guillemets. François-Xavier Chalot, Infostats.  

 

 

(CNN – 27 Juillet 2016) L'odeur du chaos est dans l'air.

 

Donald Trump évoque ce chaos à Cleveland. L'Etat islamique sème la terreur à Nice, Bruxelles, Paris, Orlando. La Grande-Bretagne est (semble) plongée dans ce chaos après le Brexit, tandis que l'Union Européenne se bat pour empêcher son apparition au milieu de la crise des migrants et de la légitimité politique. L'Ukraine et la Syrie sont déchirées, et la Turquie semble fragile après un coup d'Etat manqué.

 

Pour appliquer une métaphore de la science du chaos, nous sommes, paraît-il, dans un moment de transition de phase (en physique, une transition de phase est une tranformation du système étudié provoquée par la varaition d'un parmètre extérieur particulier). Un état relatif de l'ordre mondial - la paix durable ou long Peace, comme Steven Pinker la décrit dans "The Better Angels Of Our Nature" - existe depuis 1945. Nous allons maintenant passer à une nouvelle configuration de la lutte des pouvoirs et des idéologies, dont on ne peut prédire la nature, sauf de supposer que ce sera très différent de ce que nous avons connu.

 

« La période intermédiaire de transition, dans laquelle nous sommes peut-être entrés, pourrait être chaotique, destructrice et violente à un degré que personne née après 1945 dans les pays industrialisés qui ont construit l'ordre d'après-guerre, ne peut imaginer »

 

Les grandes batailles de l'époque, actuellement en cours ou émergentes, ne sont pas celles qui ont dominé la fin du 20ème siècle - Gauche contre Droite, l'Est face à l'Ouest, communistes contre capitalistes. Depuis la chute du mur de Berlin, ces antagonismes (visions binaires) sont de moins en moins pertinents. Ce sont les forces obscures du nationalisme et de sectarisme religieux qui « conduisent » maintenant la politique mondiale, alimentant la montée d'un populisme brut et xénophobe que nous n’avons pas vu depuis les années 1930 dans le monde capitaliste.

 

Trump est la manifestation la plus vivante de ce populisme, mais nous voyons ce dernier partout où nous regardons dans les démocraties sociales autrefois stables (après guerre) - l'Allemagne, le Danemark, le Royaume-Uni, la France, la Grèce, et même l'Australie, où la démagogue Pauline Hanson du parti One Nation a été renvoyée au Sénat lors des dernières élections.

 

Appel au nationalisme et peur des « autres » remplacent les notions de sécurité collective, d'intérêt commun, de devoir moral de prendre soin de ceux dans le besoin tels que les demandeurs d'asile.

 

Trump loue ouvertement Poutine et Saddam Hussein pour leur leadership et leur efficacité (qui dans le cas de Saddam, ne l'oublions pas, inclut l'utilisation d'armes chimiques contre son propre peuple). L'OTAN, déclare-t-il, a fait son temps, de même que tous les traités sur les changements climatiques et les accords commerciaux internationaux qu'il juge être contre les intérêts américains.

 

 

L'Internet déstabilise

En 2006, deux ans avant la crise financière mondiale, et cinq ans après le 11 Septembre et les attaques d'Al-Qaïda à New York et sur le Pentagone, j'ai écrit au sujet du chaos culturel alors émergent comme étant une conséquence involontaire et imprévue de l'Internet.

" Ses racines," ai-je écrit alors, « prennent leurs sources d'abord dans l'impact déstabilisateur des technologies de communication numériques. Non seulement il y a plus d'informations que jamais, mais sa vitesse et son débit ont augmenté. La nature en réseau des médias en ligne signifie qu'un article publié dans une partie du monde devient immédiatement accessible à tous avec un PC et une connexion Internet, partout - devenant rapidement une partie de la conversation courante pour des millions d'individus ".

En conséquence j'ai soutenu que le pouvoir de l’élite établie s'amenuisait.

Comme le 11 septembre a montré, nous étions entrés dans un monde où les démocraties riches et stables étaient vulnérables comme jamais auparavant à une perturbation disproportionnée par le terrorisme. Un monde où la politique - comme dans le cas de l'Union Européenne et la crise actuelle des migrants - a été alimentée non par calcul rationnel tant que par la puissance des témoignages, des récits et des images captés et partagés sur les réseaux sociaux.

Personne ne doute de l'élan humanitaire qui sous-tend la décision d'Angela Merkel d'accueillir des millions de réfugiés venus du Moyen-Orient. Cette politique a été alimentée par [...] le nombre de personnes désespérées se noyant dans les eaux méditerranéennes, et les images des enfants morts sur les plages touristiques d'Europe du Sud.

Mais si cette politique contribue à l'influence croissante du parti anti-immigrés Afd (parti politique populiste et eurosceptique allemand, créé le 6 février 2013) et la montée en puissance de ses équivalents en France, en Italie, aux Pays-Bas, cette politique viendra à être considéréé comme ayant précipité la fragmentation de l'Union européenne et avoir été une réponse irréfléchie à une crise amplifiée et intensifiée par les nouvelles ininterrompues et en temps réel des informations et par la culture des médias (réseaux) sociaux.

Malgré les énormes avantages apportés aux personnes et aux sociétés du monde entier par l'Internet, il présente également des défis à la capacité de la bonne gouvernance et de décisions rationnelles sur lesquelles notre bien-être collectif dépend.

Dans un monde où l'information de toutes sortes - néfaste ou positive, fausse ou vraie - voyage plus vite, plus loin, et avec moins de possibilités de censure que jamais auparavant dans l'histoire humaine, l'autorité et l'exercice du pouvoir sont précaires. Une plus grande transparence et responsabilité des élites dirigeantes [...] reste un avantage positif de la technologie numérique.

L'Internet a engendré WikiLeaks et les révélations de Edward Snowden et des Panama papers. Il a donné à chaque individu connecté sur la planète accès aux neuf volumes du rapport de Sir John Chilcot avec ses détails légaux dévastateurs de comment et pourquoi Tony Blair a fait entrer la Grande-Bretagne en guerre contre l'Irak en 2003. Vous pouvez choisir de ne pas les lire, mais ce sera votre choix, et celui de personne d'autre.

Si le pouvoir est basé sur la connaissance et que la démocratie réelle exige que les citoyens soient informés de leur environnement, l'âge de digitalisation a également été l'âge de la démocratisation mondiale. Il constitue [...] un défi pour un régime autoritaire.

Le chaos culturel, comme le chaos dans la nature, peut être une force constructive antant que destructrice.

 

La peur est contagieuse

 

Cet environnement médiatique voit des événements isolés qui auraient autrefois été d'une importance essentiellement locale, tels que le siège du Lindt Café à Sydney (une attaque terroriste d'un « loup solitaire » tuant deux personnes), devenir mondiaux dans leurs impacts par l'immédiateté et la nature viscérale de leur couverture médiatique. Mais l'environnement médiatique est aussi un moyen efficace de propager l'anxiété, la panique et la peur.

 

Donald Trump comprend cela, et utilise Twitter comme aucun autre candidat présidentiel avant lui. Il est capable de déchaîner encore davantage son tempérament déjà enragé avec des solutions autoritaires et simplistes face à des problèmes sociaux complexes comme la migration illégale et le terrorisme mondial.

 

L'Etat Islamique (IS), comme al-Qaïda avant lui, le comprend. Un jihadiste (Jihadi John - John le Djihadiste) coupe la tête d'un journaliste américain ou japonais, et la vidéo téléchargée, répandue sur les réseaux sociaux devient une arme de torture psychique de masse, à propagation virale.

 

Certains Britanniques ont voté pour le Brexit parce qu'ils avaient vu ces vidéos ou en ont entendu parler. Ils croient qu'ils peuvent être mis en quarantaine de l'islamisme radical en rejetant l'humanitarisme de Merkel et en fermant les portes sur le continent.

 

Le 11 septembre a coûté 500.000 $ à al-Qaïda. Il a coûté au monde des milliards en expéditions militaires, en sécurité accrue des aéroports et en autres mesures, sans parler des centaines de milliers de morts (plus d'un million) infligées dans la « guerre contre le terrorisme » depuis 2001.

 

Les vidéos d'atrocités de Daesh (IS) sont bien produites, mais pas cher à réaliser, et le pouvoir de communication des réseaux numériques fait le reste. Ils sont au cœur d'un nouveau type de guerre asymétrique.

 

Le chaos que Edward Lorenz décrit dans la nature s'applique également à nos sociétés numérisées et mondialisés. De petites "bifurcations" dans le tissu social engendrent des conséquences catastrophiques pouvant potentiellement détruire le système.

 

Une crise se nourrit dans un autre. La réussite de Trump est un moteur pour Marine Le Pen et le

FN. Nigel Farage du parti pour l'indépendance du Royaume-Uni encourage Poutine dans son rêve de reconquérir l'Ukraine et les Etats baltes.

 

Et alors que l'assassinat de masse de Nice suit l'attaque de l'aéroport Ataturk (et de Bruxelles), sans parler de l'atrocité de l'attentat du Bataclan, nous entrons dans une période de crises en cascade et interconnectées, où les moments de tragédie font partie de la vie quotidienne et où l'impensable devient courant.

 

 

 

 

Est-ce trop tard ?

 

Avons-nous atteint le point de basculement entre l'ordre et le chaos au niveau mondial ?

Est-il trop tard pour revenir en arrière dans le tourbillon de nationalisme violent, de la haine sectaire et de l'autoritarisme qui ont provoqué la Seconde Guerre mondiale ?

 

Après un siècle de progrès sans précédent dans la démocratisation et l'extension des droits de l'homme pour les femmes, les minorités ethniques et sexuelles, sommes-nous maintenant au sommet de l'échelle, au pic d'un cycle, avec nulle part où aller, sauf vers le bas ?

 

Personne ne sait, parce que, par définition, l'apparition du chaos est non-linéaire et imprévisible. Ses causes précises sont impossibles à identifier, et ses conséquences imprévisibles.

Personnellement, je ne crois pas. Je ne crois pas, parce que je suis un optimiste et que j'ai confiance en la bonté de la plupart des gens.

 

Nous - c'est-à-dire, ceux d'entre nous qui ne veulent pas construire des murs, ou ériger des frontières ou empêcher les autres d'avoir des croyances, des religions ou des valeurs différentes des nôtres - sommes encore la majorité. Nos lois qui régissent les Etats libéraux définissent toujours les règles et donnent le ton pour la culture et la politique mondiale. Barack Obama a remporté deux élections avec des majorités convaincantes.

 

Si nous pouvons nous engager dans cette lutte mondiale avec la même confiance et le même engagement que l'adversaire met pour le djihads et les rassemblements publics nationalistes d'incitation à la haine, pas avec du matériel militaire, mais avec des idées et des mots, il n'est pas trop tard.

 

Les journalistes de Charlie Hebdo ont fait cela, et en ont payé le prix. Le militant des droits humains Ayaan Hirsi Ali (femme politique et écrivain) a appelé à la réforme de l'Islam, et a été condamnée non seulement par les mollahs qui la considèrent un apostat (personne renonçant à une religion, ici l’Islam), mais par certains non-musulmans occidentaux hostiles à l’appel à cette réforme. Nous devons soutenir les voix comme Ali, et nous ajouter à elles, en même temps que nous défions les racistes et xénophobes qui nourrissent les excès du fondamentalisme Islamique.

 

Que le système mondial soit soumis à un stress sans précédent est maintenant indéniable. Le rôle des médias numériques dans l'augmentation de ce stress est également clair, tout comme son potentiel pour être utilisé pour une réforme progressiste et une responsabilité démocratique. Nous devons faire preuve de sagesse pour répondre à la première, et d'intelligence pour la réalisation de la seconde. Quant à leur impact sur les résultats politiques, cela reste obstinément imprévisible. Le printemps arabe a échoué à devenir un été.

 

Avec cette connaissance (en sachant cela), tout ce que nous pouvons faire est ce que nous devons faire. Résister aux censeurs, aux haineux, aux autoritaristes, aux bâtisseurs de murs, et les déclarer ennemis de nous tous, race humaine, qui ne sera pas traînée contre sa volonté dans un nouvel âge des ténèbres.

Traduction de l’article par François-Xavier Chalot, Fondateur d’Infostats.

 

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