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Après le vote honteux pour Trump, le vote caché pour Sarkozy?

 

 

Source : Challenges.fr

 

 

Leçon de l'élection américaine : jusqu'au bout, un vote caché, parce que vécu comme honteux, en faveur de Trump a échappé aux sondeurs. Question : à quelques jours de la Primaire LR, existe-t-il un vote caché Sarkozy de même nature que le vote Trump et qui pourrait changer le destin du vote ?

 

 

Voter caché, c’est voter heureux. Voter caché, c’est voter Trump aux Etats-Unis. Ou Sarkozy en France. Qui sait ? Le vote caché, angoisse de ceux à qui les sondages promettent la victoire, espoir de ceux à qui ces mêmes sondages assurent la défaite. C’est la grande leçon de l’élection américaine qui s’est achevée ce mardi. Il existait un vote Trump caché, indétectable, qui s’est révélé au grand jour le temps venu de l’élection réelle. Quantité d’électeurs sondés n’ont jamais osé avouer aux enquêteurs qu’ils comptaient voter Trump. Puisque Trump est le vote honteux que l’on ne saurait voir, un certain nombre de ses électeurs en ont tiré la leçon, ils ne l’ont pas montré…

La leçon mérite d’être méditée en France, surtout à dix jours du premier tour de la Primaire Les Républicains, qui paraît acquise à Alain Juppé. Question en débat : de la même façon qu’il a existé un vote caché et honteux Trump aux Etats-Unis, est-il possible qu’un vote Sarkozy, tout aussi honteux et caché, soit en l’état indétectable par les instituts de sondage, mais bel et bien en gestation parmi des électeurs stratèges ?

Débat crucial, d’autant qu’il s’agit d’une Primaire, c’est-à-dire de la convocation d’un électorat incertain, parce que non défini a priori, et que les questions pratiques liées à l’organisation de cette Primaire, quoi qu’en pensent certains commentateurs, pèseront dans le résultat.

Nicolas Sarkozy ne cesse de le répéter : le vote caché de la Primaire LR, c’est lui. Le vote honteux, que l’on ose confesser de peur de passer pour ringard, réactionnaire, grossier, vulgaire, c’est lui. Le vote incorrect, celui qui ose défier la pensée unique, mais que l’on ne peut revendiquer face à un sondeur, c’est lui…

En réalité, à l'instar de Trump aux Etats-Unis et en l’état de la représentation médiatique, qui dicte partout que voter Sarkozy, c’est mal, un certain nombre d’électeurs Sarkozy se refuseraient à dire leur inclination.

 

Se cacher des sondeurs

Les femmes devaient voter massivement Hillary Clinton contre Donald Trump et elles ne l’ont pas fait. Certains sondages promettaient deux tiers des voix féminines à la candidate démocrate, et le jour du vote et elles n’étaient que 54% à se prononcer effectivement en faveur de Clinton. Et les sondages ne l’ont pas vu. Parce que ce vote Trump était caché, dissimulé, enfoui dans les tréfonds de l’opinion, et que confrontés à l’idée de le révéler à un sondeur, même par téléphone, ceux qui étaient tentés n’osaient l’avouer, confrontés qu’ils étaient à la représentation médiatique globale anti-Trump.

Les femmes électrices de Trump n’osaient afficher leur préférence de peur de passer pour ringardes, réactionnaires, grossières et vulgaires. Comme il est possible que des électeurs de Nicolas Sarkozy se cachent des sondeurs, pour les mêmes raisons…

Il est étrange de constater que la question du vote caché Sarkozy n’est jamais débattue sur les tréteaux audiovisuels. Les chaînes d’information continu et les JT de 20h rabâchent, jour après jour, que Nicolas Sarkozy s’effondre et qu’Alain Juppé s’envole. Que le résultat paraît désormais acquis d’avance. Que l’affaire est pliée. C’est le fameux cycle "sondage qui nourrit la télé qui nourrit le sondage". Le quantitatif, répété à l’infini, qui finit par confirmer le quantitatif, et ainsi de suite.

Voter Sarkozy, c’est voter pour le perdant… Dire que l’on va voter Sarkozy, c’est voter loser… Il est possible que certains électeurs sondés répugnent à montrer leur entrain à voter pour un candidat promis à la défaite.

Ce phénomène d’auto-entretien du quantitatif a pour conséquence de cacher les mouvements qualitatifs. On répète à l’infini au téléspectateur-citoyen que Juppé s’envole, citant à l’envi les chiffres d’intention de vote, mais on ne cite jamais d’autres données, liées au qualitatif, à l’exemple de ce chiffre estimant à 39% le taux d’adhésion réel des électeurs se déclarant prêts à voter Juppé, contre 62% à Sarkozy…

 

Le quantitatif a caché le qualitatif

Si l’on en revient au phénomène Trump, on constate que le même processus a été actionné. Le quantitatif a caché le qualitatif. Quand bien même les sondages indiquaient, jour après jour, que la victoire de Clinton quantitativement paraissait acquise, certains spécialistes, déjà, s’interrogeaient qualitativement. Quelque chose clochait, qui montrait la possibilité de la potentialité de l’existence d’un vote Trump caché.

Dès la fin du mois de septembre, par exemple, David Wasserman, sur le site FiveThirtyEight, la référence en matière de statistiques électorales, s’interrogeait sur l’existence de ce vote caché, notant qu’il était difficile d’appréhender le comportement de ces Américains blancs non diplômés qui, en 2012, étaient 47 millions à ne pas s'être déplacés dans les bureaux de votes.

 

Or, ces derniers étant au cœur de l’électorat ciblé par Trump, Wasserman en concluait qu’au cas où le candidat Républicain capterait la confiance d'une fraction importante d'entre eux, ce même Trump pourrait remporter la présidentielle : "Si Trump était en mesure d’attirer un électeur sur huit de ces 'blancs manquants', il effacerait les marges d'Obama 2012 dans trois États - Floride, Ohio et Pennsylvanie -  et gagnerait le Collège électoral et le vote populaire".

 

Le plus cocasse, c’est que Wasserman indiquait qu’il doutait lui-même de la réalisation de la potentialité qu’il percevait. Et c’est pourtant bien ce qui s’est produit. Le vote caché était encore plus grand qu’il ne le concevait. Un tel phénomène de mobilisation, difficilement évaluable a priori, pourrait-il jouer en faveur de Nicolas Sarkozy ?

 

 

 

 

Sarkozy moralement condamné

A ce phénomène lié à la fabrique de la représentation quantitative de l’opinion, qui masque les mouvements de cette dernière, il convient d’en ajouter un autre, celui de la représentation médiatique, qui dit ce qui est bien et ce qui est mal. Or, la représentation médiatique Sarkozy est celle du Mal. Que le candidat à la Primaire LR promette double ration de frites aux enfants qui ne mangent pas de porc dans les cantines scolaires, et c’est aussitôt la mobilisation des indignés de la sphère politico-médiatique, de Raphaël Glucksmann et son fan-club sur Facebook à Yann Barthès et ses jeunes journalistes justiciers. Partout où il y a du débat, Sarkozy est moralement condamné, et rarement défendu. Imaginez l’électeur potentiel de Sarkozy interrogé dans ce contexte : est-il vraiment placé dans une disposition d’esprit qui l’amènerait à confesser son vote Sarkozy en tout sérénité ?

Certains ont la mémoire courte, qui oublient que lors des élections départementales de mars 2015, Nicolas Sarkozy avait déjà délivré le même type de message sur la nourriture à servir aux enfants dans les cantines scolaires, et que cela lui avait permis de rattraper des électeurs tentés par le vote FN, Les Républicains affichant le soir du premier tour un score électoral supérieur à ce que leur offraient les sondages avant la sortie de leur leader sur le sujet. Nicolas Sarkozy a une qualité : électoralement parlant, il sait ce qu’il fait.

Qu’il soit bien entendu qu’il n’est pas dit ici que Nicolas Sarkozy va remporter la Primaire, tel Trump remportant la Primaire républicaine et l’élection générale, loin de nous cette ambition digne d’Elisabeth Tessier. En revanche, compte tenu de l’état des sondeurs et sondés, de la fabrique de la représentation de l’opinion, et de l’impopularité de Sarkozy dans la sphère politico-médiatique morale, il est possible, si ce n’est vraisemblable, de considérer qu’il existe bel et bien, à l’exemple du vote Trump, un vote Sarkozy caché, parce que considéré comme honteux. Et de conclure que ce vote, en l’état indétectable, conditionnera en grande partie le sort de la Primaire LR.

Aux Etats-Unis, ce vote caché est désigné sous le nom de phénomène Bradley. En 1982, Tom Bradley, candidat noir au poste de gouverneur de Californie perdit l'élection à la surprise générale, alors qu'il était donné largement gagnant dans les sondages. C’est que de nombreux électeurs n'avaient pas osé dire à l'époque qu'ils voteraient contre lui, de peur d'être accusés de racisme. Ainsi va le vote caché, qui dissimule en vérité le rejet du politiquement correct tant dénoncé aujourd’hui par Sarkozy.

Quelle est l’ampleur du phénomène Bradley qui pourrait jouer en faveur de Sarkozy ? Combien sont-ils à ne pas avouer qu’ils vont voter Sarkozy à la Primaire LR ? Combien sont-ils à ne pas oser dire qu’ils ne voteront pas Juppé parce qu’il est âgé ? Bien malin aujourd’hui qui peut répondre. Y a-t-il un David Wasserman français dans la salle ?

Source : Challenges.fr

 

Date : 10 novembre 2016

 

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